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Moïse Montefiore - Le Monde Sépharade | Guide et Magazine Sépharade International

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Moïse Montefiore : philanthrope sépharade et défenseur des communautés juives

Illustration de Sir Moïse Montefiore, philanthrope juif sépharade, à son bureau devant Jérusalem
Illustration éditoriale créée pour Le Monde Sépharade.

Sir Moïse Montefiore fut l'une des personnalités juives les plus respectées du XIXe siècle. Financier britannique devenu philanthrope, il utilisa sa fortune, son prestige et ses relations diplomatiques pour venir en aide aux communautés juives persécutées et favoriser leur autonomie.

Une famille sépharade de Livourne

Moïse Haïm Montefiore naît le 24 octobre 1784 à Livourne, en Toscane, au sein d'une famille juive sépharade établie en Angleterre. Ses ancêtres avaient vécu dans ce grand port méditerranéen, refuge et centre commercial important pour les Juifs originaires de la péninsule Ibérique.

De la finance à la philanthropie

Élevé à Londres, Moïse Montefiore entre dans le monde des affaires et devient courtier à la Bourse. En 1812, il épouse Judith Barent Cohen, issue d'une importante famille juive britannique et belle-sœur du financier Nathan Mayer Rothschild. Cette alliance familiale accompagne son ascension dans la City.

Après avoir constitué une solide fortune, il se retire progressivement des affaires pour se consacrer aux œuvres sociales et religieuses. Avec Judith, qui partage activement ses engagements, il soutient des écoles, des hôpitaux, des communautés pauvres et de nombreuses initiatives d'entraide.

Un Juif britannique honoré par la Couronne

Montefiore s'intègre pleinement à la société britannique sans renoncer à sa foi ni aux traditions sépharades. Il devient shérif de Londres en 1837, puis est fait chevalier par la reine Victoria en 1838. Il reçoit ensuite le titre de baronnet en 1846.

Il préside pendant de nombreuses années le Board of Deputies of British Jews, principale institution représentative du judaïsme britannique. Ses responsabilités et sa réputation lui permettent d'intervenir auprès de gouvernements étrangers au nom de populations juives menacées.

Des missions pour défendre les Juifs persécutés

Montefiore entreprend de longs voyages à une époque où les déplacements sont difficiles et dangereux. Il intervient notamment après l'affaire de Damas de 1840, lorsque des Juifs sont accusés à tort de meurtre rituel. Avec d'autres représentants, il obtient la libération des prisonniers et agit pour faire reconnaître leur innocence.

Il se rend également auprès du tsar en Russie, du sultan ottoman, du pape à Rome et du souverain du Maroc. En 1864, sa mission au Maroc contribue à obtenir un décret affirmant la protection des sujets juifs. Ces démarches ne font pas disparaître les discriminations, mais elles donnent une voix internationale à des communautés souvent privées de recours.

Sept voyages en Terre sainte

Moïse et Judith Montefiore effectuent leur premier voyage en Terre sainte en 1827. Au total, il s'y rendra sept fois. Il ne souhaite pas seulement distribuer des secours : il cherche aussi à développer l'agriculture, l'artisanat, la santé et la formation afin que les habitants puissent gagner leur vie de manière plus autonome.

Il finance des équipements, soutient une imprimerie et encourage plusieurs projets économiques. Les recensements qu'il fait réaliser en 1839, 1849, 1855, 1866 et 1875 constituent aujourd'hui encore de précieuses sources sur les familles juives vivant alors dans la région.

Le moulin et Mishkenot Sha'ananim

En 1857, Montefiore fait construire un moulin à vent face aux murailles de Jérusalem afin de fournir de la farine à prix réduit et de créer une activité économique. Sa silhouette est devenue l'un des symboles les plus connus de son action.

Quelques années plus tard, grâce notamment au legs du philanthrope américain Judah Touro, il participe à la création de Mishkenot Sha'ananim, premier quartier résidentiel juif édifié hors des murailles de la vieille ville. Le projet propose des logements plus salubres et ouvre une nouvelle étape dans le développement de Jérusalem.

Ramsgate, foyer d'une vie juive sépharade

Dans leur domaine de Ramsgate, dans le Kent, Moïse et Judith font construire une synagogue inaugurée en 1833. Son rite suit la tradition de Bevis Marks, la grande synagogue sépharade de Londres. Après la mort de Judith en 1862, Montefiore crée également un collège religieux en sa mémoire.

Le mausolée où le couple repose s'inspire du tombeau de Rachel près de Bethléem, qu'ils avaient contribué à restaurer. La synagogue et le mausolée subsistent et témoignent aujourd'hui de la présence sépharade dans l'Angleterre victorienne.

Un symbole de solidarité juive

Moïse Montefiore meurt à Ramsgate le 28 juillet 1885, âgé de cent ans. Son extraordinaire longévité et ses innombrables missions avaient fait de lui une figure presque légendaire, affectueusement appelée « Ha-Sar », le Prince, par les communautés juives de Terre sainte.

Son héritage dépasse les bâtiments et les institutions portant son nom. Il incarne une solidarité juive internationale fondée sur l'action concrète, la diplomatie et la fidélité aux traditions. Son parcours relie Livourne, Londres, le Maroc, l'Europe orientale et Jérusalem au cœur d'une même histoire sépharade.

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